Pour les marins du Vendée Globe, voir leur ETA (estimation d’heure d’arrivée) reculer, c’est un peu comme pour un alpiniste qui, à bout de souffle, atteint une crête en croyant toucher le sommet… seulement pour découvrir une autre bosse derrière, puis encore une autre.
Chaque mille parcouru semble révéler un nouveau "presque arrivé", et le mental doit composer avec ce jeu d’illusions imposé par la météo. Ils avancent, certes, mais le chemin paraît s’allonger à mesure qu’ils se rapprochent du but. Chaque zone de pétole devient une nouvelle pente à gravir, chaque coup de vent une roche instable sous leurs pieds. Dans ce monticule liquide qu’ils escaladent, ils doivent maintenir leur équilibre psychique malgré le chrono qui rit dans son coin. Pour tenir, ils cultivent un certain fatalisme. Parce qu’au fond, râler contre la mer, c’est comme engueuler une montagne pour être trop haute : ça défoule, mais ça ne change rien. Alors ils se remettent au travail, ajustent leurs voiles comme on ajuste ses crampons, et reprennent leur ascension. Une ascension vers une ligne d’arrivée qui, tôt ou tard, finira bien par se laisser atteindre.
[Michel Lecomte]